22/11/2013

La Suisse avance vers la transparence bancaire

banques-suisses.jpgLe système bancaire suisse ne sortira pas de la cure mondiale de transparence fiscale indemne. Prié de faire la lumière sur l’opacité de ses établissements bancaires, le gouvernement subit la pression, parfois très violente, de la part de pays comme les Etats-Unis. Les banques, elles, s’exécutent en protégeant leurs intérêts. Un coup de balai brutal mais salutaire dont les institutions indépendantes – comme celles dirigées par Eric Freymond ou Antonio Palma –  pourraient sortir grandies.

 

La Suisse sous une forte pression internationale

L’absence de la Suisse au Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales a été remarquée. De fait, le pays est l’un des seuls à ne pas valider la première phase de l’examen de transparence fiscale qui porte sur l’existence d’un cadre légal propice à l’échange d’informations entre les administrations de divers pays et donc à la traque aux fraudeurs. Réunis à Jakarta, les 120 pays membres de ce Forum ne devraient toutefois pas tirer à boulets rouges sur la Suisse.

Les porte-paroles du Forum, qui se trouve sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), se sont en effet contentés de préciser que le passage de la Suisse à la deuxième étape, qui consiste à l’application concrète des mesures, était « soumis à conditions ». Une manière habile et diplomatique de donner du temps au gouvernement de Berne. Le Conseil fédéral a en effet adopté, le 9 octobre dernier, la convention multilatérale de l’OCDE sur l’échange d’informations fiscales.

Soumis à une forte pression extérieure de la part des pays européens et des Etats-Unis, la Suisse, compte tenu de son histoire bancaire, a, il est vrai, déjà multiplié les mesures. Les demandes de l’administration fiscale américaine ont par exemple été si pressantes que les directions des principales banques se sont même livrées à la délation de leurs employés chargés de traiter les dossiers des ressortissants étrangers. En échange, les établissements bancaires ont reçu l’assurance de l’abandon des poursuites auxquelles elles auraient pu devoir faire face.

« Le Gouvernement est sous l’emprise des grands groupes bancaires. La dernière fois que le gouvernement suisse a exposé ses propres citoyens à l’extérieur du pays pour des faits non répréhensibles chez nous, cela remonte à Vichy », dénonce Douglas Hornung, avocat genevois qui a obtenu gain de cause pour ses trois clients. La situation est si paradoxale que ces employés de banques, qui travaillaient sous la supervision de leur hiérarchie, sont incités par Berne à ne pas sortir du pays afin de ne pas être subir les effets d’un mandat d’arrêt international.

 

Les établissements indépendants pour redorer le blason des grandes banques

« Moi, j’ai respecté le secret bancaire, je ne suis pas partie avec une liste de clients », martèle l’une des clientes de Me Hornung. « Ils [les Etats-Unis] ont demandé la table, on leur a donné les chaises avec ! » Aujourd’hui employée chez un gérant de fortune, elle se prépare à évoluer dans un métier « qui change ».

Et si ce changement sera, in fine, certainement défavorable aux principales institutions suisses comme le Crédit suisse, HSBC, ou encore les banques cantonales de Zurich et Bâle, il pourrait en revanche être profitable aux établissements indépendants. A cet égard, les gérants de fortune auront tout intérêt à présenter le respect de la transparence comme l’un des éléments principaux de leur stratégie.

C’est en tout cas le discours d’Antonio Palma, CEO de la banque privée Mirabaud & Cie et de Grégoire Vaucher, associé de Semper, société spécialisée dans la gestion de fortune fondée en 2001 par Eric Freymond. « Il est temps de réaffirmer que le métier de gérant de fortune ne consiste absolument pas à faire de l’argent « soustrait » une vocation. Au contraire, son métier se fonde sur la pérennité et sur une relation transgénérationnelle qui ne peut se satisfaire de situations scabreuses », a-t-il déclaré dans une tribune parue dans l’Agefi.

Au cours des prochains mois, le défi de la transparence va continuer de s’imposer à la Suisse. Lancés dans une vaste campagne de chasse à la fraude, alimentée par une situation économique morose, les pays européens et les Etats-Unis ne sont pas prêts de réduire leurs pressions. Même si les cas du Luxembourg, membre de l’Union européenne, ou du Delaware, Etat américain, ne semblent pas les émouvoir autant que celui de la Suisse. Mais ce peut être aussi l’occasion de permettre le développement d’établissements privés, comme Semper, à même d’incarner ce changement de pratiques.

14/11/2013

Allemagne : le salaire minimum au cœur des négociations entre CDU et SPD

Angela-Merkel-Salaire.jpgTriomphalement reconduite au pouvoir lors des élections législatives de septembre dernier, la CDU a cependant raté la majorité absolue d’un cheveu. En pleine discussion avec le SPD, les chrétiens-démocrates vont certainement devoir transiger sur la question du salaire minimum. Un frein à l’emploi selon la Chancelière. Un progrès social d’après les sociaux-démocrates.

 

Si Angela Merkel adopte un salaire minimum, ce sera bien à contrecœur. Contraire à son programme électoral et à ses convictions, cette mesure apparaît néanmoins inévitable si la Chancelière veut que le SPD participe à sa coalition. Pourtant en position de faiblesse, les démocrates-chrétiens ont néanmoins fait du salaire minimum leur condition sine qua non pour entrer au Gouvernement.

Le montant de 8,50 euros de l’heure a été avancé par Angela Merkel. Moins élevé qu’en France – 9,43 euros brut de l’heure – ce montant est néanmoins supérieur à ce que gagnent 17% des actifs allemands, soit quelque 6 millions de salariés. En Allemagne de l’Est, la part des travailleurs touchant moins de 8,50 euros de l’heure atteint même 25%. Les petites entreprises, les coiffeurs, les chauffeurs de taxi, la restauration, l’hôtellerie ou encore les services de nettoyage seraient les principaux secteurs d’activité touchés par cette mesure.

A peine cette annonce a-t-elle été prononcée qu’une levée de boucliers massive s’est élevée. « Un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure nuirait à l’économie allemande et détruirait un nombre considérable d’emplois », a prévenu Ferdinand Fichtner du DIW (Deutscher Institut für Wirtschaftforschung). Une hausse de 35% du coût horaire de travail est donc à prévoir concernant la population touchant un salaire inférieur à 8,50 euros de l’heure. De plus, d’après Friedrich Schneider, de l’université de Linz, un salaire minimum conduirait nécessairement à une progression du travail non déclaré, représentant un coût compris entre 1 et 2 milliards d’euros pour les finances allemandes.

Toutefois, si l’intérêt l’introduction d’un salaire minimum n’est pas évident pour le patronat ou certains instituts d’études, l’OCDE s’est déclarée favorable, jugeant la mesure « très raisonnable » et positive en termes de pouvoir d’achat et de recettes fiscales. De fait, 800 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires, ainsi que 1,7 milliard d’euros de recettes sociales sont attendus. D’après le SPD ces revenus additionnels seraient même bien supérieurs à ces estimations et atteindraient la somme cumulée de 5,4 milliards d’euros.

Par conséquent, Angela Merkel va certainement se résigner à mettre en place cette politique, que toute l’Europe lui réclame par ailleurs au nom du fonctionnement équitable du Marché unique. Les expériences britannique et américaine d’introduction d’un salaire minimum n’ont montré aucun effet négatif notable sur l’emploi. Tandis que la France s’est félicitée d’une telle démarche en ce qu’elle est « un signal d’une approche peut-être plus coopérative des politiques économiques en Europe », a indiqué Pierre Moscovici, ministre de l’Economie.

06/11/2013

Mohammad Javad Zarif à Paris et Genève : gare au camouflet

Iran, France, Zarif, Rohani, Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, Allemagne, nucléaire, économie, unesco, onu, paris, genèveSemaine cruciale pour le gouvernement iranien et son ministre des Affaires étrangères. Mohammad Javad Zarif doit s’exprimer à la tribune de l’UNESCO à Paris, puis s’envoler pour Genève où il défendra les intérêts de son pays sur le dossier nucléaire. Il devra reprendre la parole du président Hassan Rohani et continuer l’opération séduction de l’Iran auprès des pays occidentaux. Mais les actes n’ont pas encore suivi les mots.

 

Mohammad Javad Zarif à l’UNESCO : un discours de façade

A Paris les 5 et 6 novembre, le but de la visite de Mohammad Javad Zarif était double. Le ministre des Affaires étrangères iranien devait participer à la 37e session de la Conférence générale de l’UNESCO dont le siège se situe avenue de Suffren à Paris. Et M. Zarif devait rencontrer son homologue français et ainsi préparer la réunion des 7 et 8 novembre qui aura lieu à Genève sur le dossier nucléaire.

On l’aura compris, à Paris, il s'agissait peu d’éducation, de science et de culture : les domaines d’actions de l’institution internationale. Le discours de Mohammad Javad Zarif devrait être sans surprise et conforme à ce que les pays occidentaux souhaitent entendre. A ce titre, les engagements de l’Iran seront probablement minimes. En effet, depuis l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir, le pays n’a guère changé ses pratiques, en dépit de ses nombreuses déclarations. Depuis août dernier, ce sont plus de 300 personnes qui ont été exécutées, rappelle le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran. Les membres de ce comité avaient d’ailleurs prévu de manifester devant le siège de l’UNESCO et de rappeler que l’art et la culture en Iran sont sujets à une censure permanente.

 

Le programme nucléaire et l’économie en ligne de mire

Bien entendu, Mohammad Javad Zarif est en Europe pour convaincre les pays occidentaux que l’Iran est un pays digne de confiance et qui a entamé de profondes réformes sociales. Hassan Rohani œuvre en ce sens depuis son passage remarqué à la tribune des Nations Unies le 24 septembre dernier. En ligne de mire pour le régime des mollahs : l’assouplissement des sanctions économiques prononcées à son encontre et la progression de son programme nucléaire.

En effet, la politique de Téhéran est sérieusement entravée par les lourdes sanctions économiques qui pèsent sur elle. Ces sanctions, dirigées contre les secteurs militaire, pétrolier, bancaire et nucléaire, ont été décidées afin d’infléchir le régime et ses intentions nucléaires. Aujourd’hui la situation est grave pour l’Iran, qui ne peut plus rester sans réagir, au risque de plonger dans le marasme économique. En faisant montre d’ouverture, Hassan Rohani et ses ministres veulent donc faire d’une pierre deux coups : relancer l’économie et faire accepter leur programme nucléaire.

C’est à cette tâche que s’emploiera Mohammad Javad Zarif à Genève les 7 et 8 novembre. Interrogé par Le Monde, le ministre a indiqué que « l’Iran est prêt à un accord avec l’Occident ». Une manière de rejeter la faute sur les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne – pays participant également aux négociations – en cas d’échec des discussions. Adoptant même une position de fermeté, M. Zarif n’a pas hésité à mettre en avant l’impact économique et politique négatif qu’une situation de blocage pourrait engendrer. Pour lui, la balle est résolument dans le camp occidental.

 

Un régime en contradiction avec les intérêts et valeurs occidentales

Force est de constater que la tentation est grande d’accéder aux demandes iraniennes. D’un point de vue diplomatique, les parties prenantes aux discussions seront certainement soucieuses de récompenser le nouveau discours d’Hassan Rohani et de ses ministres. Tandis que les perspectives économiques d’une reprise du commerce avec l’Iran sont considérables. L’industrie automobile française, en difficulté avec la crise, aurait par exemple beaucoup à gagner d’un réchauffement des relations entre Téhéran et Paris, d’autant qu’un constructeur comme Peugeot représentait 30% du parc automobile iranien en 2011.

Cependant, derrière les déclarations des personnalités clés du régime des mollahs, aucun acte tangible n’est à mettre à leur crédit. La société ne jouit pas de plus de libertés aujourd’hui qu’avant l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir. Les opposants politiques n’ont pas voix au chapitre et sont persécutés. Cela a encore été le cas le 2 novembre dernier avec l’arrestation d’un directeur de journal réformateur, ou encore lors de l’attaque meurtrière du camp de réfugiés d’Achraf, où 52 Iraniens furent abattus sous l’ordre de Téhéran. Enfin, sur la scène régionale et internationale, le soutien iranien à Bachar al-Assad est indéfectible et désormais prouvé avec la diffusion d’une vidéo par BBC Persian montrant des soldats iraniens aux côtés de l’armée loyaliste syrienne.

Dans ce contexte, les positions iraniennes apparaissent en contradiction avec les intérêts et principes des membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Allemagne. Les gages de stabilités et de démocratie apportés par l’Iran sont encore très loin d’avoir été concrétisés. Et ce ne sont probablement pas les impressionnantes célébrations de l’anniversaire de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran qui inciteront les Etats-Unis à normaliser leurs relations avec l’Iran.