17/03/2014

Numericable-SFR : Quelle mouche a piqué Arnaud Montebourg ?

Drahi, Montebourg, BouyguesDepuis dix jours, Arnaud Montebourg, le ministre français du Redressement productif s’est trouvé un nouveau cheval de bataille : la refondation du paysage des  télécoms avec pour objectif affiché de veiller aux intérêts de Bouygues. Avec SFR comme trésor, il n’est pas surprenant que le marché des télécoms se soit trouvé happé par des négociations, tractations et propositions en tout genre. En revanche, l’attitude du ministre laisse plutôt perplexe… 

Qui aura SFR, le numéro 2 de la téléphonie mobile en France avec 21 millions d’abonnés ? C’est la question à plusieurs milliards d’euros qui a été posée et qui a certainement trouvé une réponse définitive. Numericable va finalement racheter SFR, n’en déplaise à la concurrence et à un certain Arnaud Montebourg qui n’a eu d’yeux que pour cette affaire au cours des deux dernières semaines. Le ministre n’a jamais caché sa détestation d’un marché de la téléphonie mobile mettant aux prises quatre concurrents au lieu des trois qui se partageaient les parts depuis la libéralisation du secteur à la fin des années 1990. Free en avait fait les frais après avoir proposé un abonnement à la 4G à seulement deux euros par mois. Cette fois-ci c’est Numericable qui en prend plein la tête…

La concurrence c’est bien, mais seulement quand elle profite aux Français amis 

L’opérateur Free, en venant s’immiscer dans le secteur pas aussi ouvert que cela de la téléphonie mobile a permis une baisse sensible des tarifs. La guerre des prix a été menée avec vigueur et les Français ont compris qu’ils payaient leur abonnement téléphonique bien cher depuis de nombreuses années. Sauf que cette guerre des prix n’a pas été du goût d’Arnaud Montebourg qui s’en était pris sur Twitter à Xavier Niel, le commandant en chef du nouvel opérateur. Fin 2013, les deux hommes se sont écharpés sur le réseau social, Montebourg criant à des destructions d’emplois dans le secteur des télécoms à cause de la politique agressive menée par Free. Des accusations démenties par la réalité des chiffres. Fin de la polémique. Secteur des télécoms et pouvoir d’achat des Français 1 – Arnaud Montebourg 0.

Sauf que le ministre a joué le match retour en ce premier trimestre 2014, mais avec un nouvel adversaire : Numericable. Moins médiatique que Free et donc a priori plus facile à couler, Numericable a finalement déjoué tous les pièges tendus par un ministre décidément obnubilé par la mise au pas de la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile. Deux raisons expliquent l’attitude d’un Montebourg résolument hostile à Numericable. La première est de voir un des quatre opérateurs se dissoudre dans l’un de ses concurrents et ramener le marché à son stade initial. La seconde, moins avouable, mais bien visible est la volonté de favoriser les intérêts du groupe Bouygues. Cela était perceptible avant la décision du 15 mars de la maison-mère de SFR – Vivendi – d’engager des négociations exclusives avec Numericable. Cela est encore plus vrai depuis que Bouygues est hors course.

Arnaud Montebourg s’est empressé de menacer le groupe Numericable (qui comprend aussi Completel, leader de la fibre optique pour les professionnels) d’un contrôle fiscal. Le « délit économique » est-il devenu une arme des autorités françaises ? On connaissait le procédé dans un pays comme la Russie, il faut croire que Paris adopte sans vergogne les armes de Moscou. Fleur Pellerin, la collègue de Montebourg en charge du numérique se plait aussi à menacer directement le patron de Numericable en exigeant qu’il « rentre en France » sous-entendant que le groupe n’est pas assez français alors que ses clients, siège social, et impôts sont payés dans l’Hexagone… Le bâton d’un côté et la carotte de l’autre avec Pierre Moscovici (encore un autre ministre en charge de l’économie – il y en a pas moins de six) qui fait annoncer par la Caisse des Dépôts qu’un financement pour rapprocher un SFR et Bouygues est possible… On croit rêver ! L’Etat fait tout pour privilégier une entreprise privée par rapport à une autre. 

Arnaud Montebourg pourra certainement s’en expliquer sur le plateau de TF1 (une entreprise du groupe Bouygues) puisqu’il y multiplie les interventions. Les entreprises sont au moins prévenues. Si vous n’êtes pas l’ami du ministre, il faut s’attendre à subir une intense campagne de lobbying. En attendant, le redressement productif est dans l’impasse et ce n’est pas en houspillant contre des maillots de foot fabriqués en Thaïlande que la situation macroéconomique évoluera positivement. 

Les commentaires sont fermés.