12/04/2014

Le Gouvernement Valls face aux Français (et à l’UE)

Gouvernement Valls.jpgLes élections municipales en France auront donné du grain à moudre à tous les médias francophones. Après une bonne claque envoyée par les électeurs dans la figure du Parti socialiste, la réaction a été vive à l’Elysée. Un grand nettoyage de printemps a été décidé à Matignon et dans la plupart des ministères. Bilan : un jeu de chaises musicales et des objectifs assez ambitieux pour le nouvel homme fort, Manuel Valls.

Le Parti socialiste savait que les municipales allaient être très « compliquées », les augures se sont révélés exacts et la réponse a été, pour une fois, assez franche de la part de François Hollande. Changement de premier ministre, chamboulement dans les ministères, il faut faire bouger les choses pour que les choses changent. L’effacé Ayrault est remplacé au pied levé par un Manuel Valls pas dépourvu d’ambition et les appels à un « gouvernement de combat » sont lancés tous azimuts.

Une équipe « resserrée » de 16 ministres est d’abord partie à l’abordage de l’Assemblée Nationale, mais aussi et surtout des instances bruxelloises. Le but de la manœuvre, avoir du temps. Du temps pour assainir les comptes publics et redonner de la confiance aux interlocuteurs européens qui voient la France se défiler encore et toujours dès lors qu’il s’agit de respecter les règles communes.

Obtenir un sursis des Européens est probable. Restaurer la confiance des Français est un chantier autrement plus difficile. Le chômage n’a fait qu’augmenter lors des 22 mois passés au pouvoir malgré les sempiternelles promesses « d’inversion de la courbe du chômage ». Il n’est pas certain que le changement de têtes satisfasse réellement des électeurs qui se déplaceront de nouveau dans les bureaux de vote dès mai prochain pour les élections du Parlement européen. En effet, il y a peu de têtes nouvelles et le casting fait beaucoup de bruit. Michel Sapin propulsé aux finances, Arnaud Montebourg à l’économie ou encore Harlem Désir aux Affaires européennes. Ces trois là ont échoué et se voient promus. Le signal envoyé aux Français est pour le moins curieux…

Le Gouvernement au révélateur de l’emploi et la transition énergétique

Le casting n’est peut-être pas à la hauteur, mais ce sont les actes qui auront le plus de poids. Parmi tous les sujets chauds qui sont sur la table, deux ne pourront pas être victimes d’échec, car ils entraineraient mécaniquement un cataclysme électoral et idéologique à gauche : l’emploi et la transition énergétique.

La victoire de François Hollande en mai 2012 est en grande partie due à la dégradation sensible de l’économie et de la situation de l’emploi. Le candidat socialiste avait beaucoup critiqué, peu proposé, et cela avait suffi à le faire élire. Sauf que les solutions mises en place depuis presque deux ans se sont révélées vaines et le taux de chômage reste toujours aux alentours de la barre des 10 % (bien loin des 3,3 % suisses). Il faudra des résultats rapides sur le front de l’emploi si l’exécutif ne veut pas voir une contestation citoyenne s’étendre et donner un caractère insurrectionnel à une désespérance perceptible aux quatre coins de France et de Navarre.

20 milliards de baisse d’impôts annoncés d’ici à 2017 dont dix milliards d’allégement de charges pour les entreprises. Les efforts vont être importants surtout qu’il faut compter à côté 50 milliards de baisse de dépenses publiques. Le cap est donc le bon, mais encore faut-il le tenir et ne pas compter sur un calendrier trop lâche. Les effets d’une bonne politique mettent toujours du temps à se répercuter, mais les millions de chômeurs et de précaires ont épuisé leur réserve de patience. L’emploi sera donc le juge de paix pour savoir si Manuel Valls a rempli son contrat.

Pour l’y aider, il pourra s’appuyer sur l’autre grand chantier qui retient de plus en plus l’attention des citoyens : la transition énergétique. Derrière la manière dont l’électricité est produite, c’est toute une conception philosophique de l’homme et de son rapport à l’environnement qui se dessine. Appelée de leurs vœux par les écologistes, ces derniers ont préféré fuir le Gouvernement pour ne pas être responsables du possible échec de ladite transition. Si elle a lieu, ils pourront dire que c’est grâce à leur travail de longue haleine, si elle échoue c’est parce qu’elle aura été menée par des gens moins inspirés qu’eux… 

Quoi qu’il en soit, la transition énergétique est un sujet passionnant qui embrasse de multiples sujets : la dépendance énergétique, la balance commerciale, le nucléaire, l’emploi et plus trivialement la facture d’électricité. Ces derniers mois, une cabale a été menée contre certaines énergies propres, car trop chères à produire. S’il y a des raisons de ne pas être en admiration béate devant les solutions dont on dispose aujourd’hui, les choses vont dans le bon sens, mais il faut un engagement plus important des pouvoirs publics.

Les décideurs ont tout intérêt à travailler dans le sens de la transition énergétique, car elle est créatrice d’emplois. Ecologistes, entreprises, et autres lobbys annoncent tous des chiffres différents selon le message qu’ils veulent faire passer. Une chose est sûre, manquer le virage de la transition énergétique c’est aller directement dans le mur et se priver de multiples innovations technologiques apportées par les réseaux intelligents. Ségolène Royal est-elle la bonne personne pour mener à bien ce tournant important ? Son engagement en faveur de l’environnement est visible, mais son bilan en la matière plus que contesté dans la région Poitou-Charentes qu’elle préside depuis 2004.

La teneur du projet de loi prévu pour juin sera déterminante pour la politique énergétique que suivra le Gouvernement au cours des trois prochaines années.  Si c’est l’échec, c’est une partie non négligeable de la gauche qui ne se mobilisera pas lors des futures échéances électorales. C’est aussi et surtout un autre sujet essentiel pour lequel la France sera à la traîne…

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