23/10/2014

Economie européenne : aller au-delà du dialogue franco-allemand

UE, économie, France, Allemagne, croissance, entreprisesL’Union européenne, et plus particulièrement la zone euro, connait en ce moment des remous qui ne présagent rien de positif. L’économie des Etats membres n’en finit plus de connaître les effets d’une crise mondiale qui dure. Pourtant, aussi néfastes fussent-ils, la France comme l’Allemagne continuent de croire en un dialogue bipartite providentiel, alors que celui-ci semble dépassé aujourd’hui.

Lorsque l’on intègre une communauté d’Etats, il y a des règles à respecter. Fût-ce au prix d’une perte de souveraineté, la France a fait le choix de s’y soumettre lorsqu’elle a rejoint les Communautés européennes en 1957, puis l’Union européenne (UE). Par conséquent, comment se fait-il aujourd’hui qu’elle fasse office de grande récalcitrante, notamment d’un point de vue économique ? A la décharge du gouvernement actuel, celui-ci n’était sûrement pas présent au moment du Traité de Rome ; mais M. Hollande n’était-il pas le fils spirituel de Jacques Delors, grand artisan d’un lien sans cesse plus étroit entre les nations européennes ?

L’éternelle procrastination de la France sur les 3 % du déficit structurel

Le président de la République a des règles à respecter et il le sait. Dans le doute, la Commission européenne a tout de même entendu lui faire une piqûre de rappel, alors qu’elle se penchait dernièrement sur le projet de loi de finances pour 2015. Et comme elle l’avait laissé plus ou moins entendre, il en résulte de sérieux doutes ; Bruxelles ne se satisfait nullement du budget prévisionnel de la France. Dans son viseur, le non-respect patent du pacte de stabilité et de croissance, qui enjoint aux Etats membres de maintenir leur déficit structurel en deçà des 3 % du PIB, ainsi que leur dette publique sous la barre des 60 % du PIB.

Il faut dire que la France commence sérieusement à agacer les fonctionnaires européens, repoussant sans arrêt depuis des années le respect de la règle des 3 %. Alors que François Hollande s’y était pourtant engagé pour 2015, le plafond des 3 % sera allègrement franchi l’année prochaine – Bercy table sur quelque 4,3 %. Il faudra bien cependant que la France s’y soumette ; qu’elle cesse de se retrancher derrière sa posture, de plus en plus galvaudée, de « grand », au sein d’une UE où être grand n’a d’ailleurs plus rien d’extraordinaire.

Le dialogue franco-allemand, oui mais pas que

Pire, il convient qu’elle arrête de rejeter la faute sur les autres, tandis qu’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, et Michel Sapin, ministre des Finances, étaient en début de semaine à Berlin pour enjoindre aux Allemands d’investir davantage, ce qui, d’après les deux membres du gouvernement, redynamiserait la croissance de l’UE. Quelle supercherie. D’une part, ce n’est pas en fuyant ses responsabilités comme le fait la France qu’elle verra des jours meilleurs ; d’autre part, réduire l’UE aux seules puissances allemande et française ainsi qu’à leur sacrosaint dialogue est totalement dépassé. S’il est évidemment nécessaire, ces deux Etats ne peuvent plus se considérer comme les membres providentiels d’une communauté aux abois.

D’abord parce qu’il est apparu que, non, l’économie de l’Allemagne n’allait en définitive pas si bien ; si ses exportations en demeurent la clé de voute, la consommation atone des ménages est éminemment problématique. Ensuite, il n’est pas dit qu’un coup de pouce de nos voisins, fût-il substantiel – M. Macron évoquait 50 milliards d’investissement –, soit la clé du problème. L’agence de notation Standard & Poor’s a ainsi calculé que pour 30 milliards investis, le PIB de la zone euro ne grimperait que de 0,3 point ; l’inflation quant à elle grossirait de 0,4 % au sein de la zone, ce qui est une bonne chose comparée à la tendance déflationniste actuelle. Cependant, il semblerait d’après l’agence de notation que ce plan de relance créerait une surchauffe de l’économie allemande à l’horizon 2017. Le bilan coût-avantage d’un tel investissement n’est par conséquent pas assez intéressant pour être mis en œuvre. 

Plutôt qu’un sempiternel dialogue franco-allemand, pourquoi dès lors ne pas étendre la discussion aux pays qui ont, plus que jamais, leur mot à dire, alors que la plupart – Irlande, Espagne, Grèce – ont connu des cures d’austérité, dont le simple nom fait frémir les politiques français. Jean-Claude Jüncker, qui prendra ses fonctions à la tête de la Commission en novembre prochain, évoque un plan de relance beaucoup plus ambitieux, à hauteur de 300 milliards d’euros, qui associerait l’ensemble de la zone euro. Et transcenderait par-là même le duo du Rhin, qui perd petit à petit ses lettres de noblesse.

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