28/03/2014

La France peut remercier son industrie de l’armement

armement- France.jpgL’an passé, les exportations françaises d’armement ont grimpé d’environ 30% par rapport à 2012, avec 6,3 milliards d’euros de commandes. Des contrats principalement en direction du Moyen-Orient, Arabie Saoudite en tête. Un marché très lucratif, notamment, pour le fabricant de missiles MBDA et le groupe Thales.

6,5 milliards d’euros en 2011, 4,8 milliards en 2012. L’année 2013 est en revanche marquée par « un retour significatif des contrats majeurs » annonce le ministère de la défense. Des résultats dont s’est félicité Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense en début d’année. 

L’industrie de l’armement français ne connaît pas la crise 

En quatrième position, la France reste donc dans le peloton de tête des pays exportateurs, derrière le trio États-Unis, Russie et Grande-Bretagne, et devant l’Allemagne et Israël. En 2013, ce sont 6,5 milliards d’euros que l’industrie de l’armement français a récoltés, dont huit contrats d’environ 200 millions d’euros chacun, contre trois seulement l’année précédente. Dans un contexte politique favorable, Paris espère « faire au moins aussi bien en 2014 ».

Le ministère indique  que « le point assez notable de 2013, c'est le retour de la France au Moyen-Orient. » Un retour en force qui s’explique par la restauration des échanges avec les pays du Moyen-Orient, comme l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis. « Les monarchies du Golfe ont tendance à favoriser les commandes françaises » précise-t-on au ministère. Avec 1,8 milliard d’euros de commandes, l’Arabie Saoudite se hisse au rang de premier partenaire commercial des exportations françaises, devant Singapour. En 2012, l’Inde était le premier demandeur, en matière d’armement. Le Moyen-Orient totalise ainsi 40% du total des commandes en 2013, suivi de l’Asie du Sud-Est (16%), l’Afrique du Nord (11%) et l’Amérique du Sud (9%).

Au ministère, le retour de l'armement français dans la région s’explique par la campagne diplomatique lancée par Jean-Yves Le Drian depuis 2012 : six déplacements aux Émirats, quatre en Arabie saoudite, six au Qatar, sans compter les entretiens. 

En outre, la création du Comité ministériel exportations de défense (Comed) a offert à l’industrie française une vitrine du savoir-faire français et renforcé l’efficacité de la filière à l’export. Dans un secteur de plus en plus concurrentiel, le ministère encourage « l’attitude de conquête des entreprises françaises », où la baisse des commandes publiques oblige les fabricants d’armes à batailler ferme pour atteindre de nouveaux marchés.

Des contrats en or 

En octobre dernier, le ministre français de la Défense obtenait la confirmation de plusieurs grands contrats d’armement, dont le contrat Lex (Life Extension Sawari), après cinq années de négociations. Quatre sociétés se partagent cette commande – DCNS avec son partenaire saoudien Zamil (700 millions d'euros), Thales (moins de 200 millions), MBDA, (50 millions d'euros), et ODAS (infrastructures) – pour la rénovation de frégates et pétroliers ravitailleurs Sawari, des bâtiments marin saoudiens.

Figurent également des commandes de satellites de communication au Brésil pour un montant de 300 millions d'euros, « un certain nombre » d'hélicoptères en Ouzbékistan et au Pérou et plusieurs contrats à Singapour. Les contrats inférieurs à 200 millions d'euros, qui constituent la partie stable du marché français, sont quant à eux en hausse de 7%.

Les industriels français devraient également bénéficier cette année du même environnement politique favorable comme le précise le ministère : « l’année 2014 peut être exceptionnelle, si le contrat de vente du Rafale à l'Inde se concrétise. » Une discussion toujours en cours avec Delhi, que Paris espère voir aboutir dans les prochains mois. Estimée à 12 milliards d’euros, si la vente des  126 appareils de Dassault se concrétise, elle pourrait faire bondir les chiffres des exportations de manière considérable.

Thales et MBDA aux commandes de l’armement français 

Filiale commune d'Airbus Group, de BAE Systems et de Finmeccanica, MBDA est le leader européen en termes de missiles et de systèmes de missiles. De son côté, Thales est spécialisé dans l'aérospatial et la défense. À eux deux, ces géants de l’industrie ont empoché 1,5 milliard d’euros chacun, de commandes fermes en 2013.

Le président français en visite officielle en Turquie fin janvier, défendait l’offre de MBDA et Thales, pour la vente d’un système de défense aérienne de longue portée. Une affaire pourtant mal engagée, puisque les Chinois avaient remporté l’appel d’offres lancé par la Turquie en septembre dernier, à la surprise générale.

Des Chinois, de loin les plus compétitifs, avec une offre à trois milliards de dollars, tandis que de leur côté, MBDA et Thales et les Américains Lockheed Martin et Raytheon, avaient fait des propositions de l’ordre de quatre milliards de dollars. La concurrence est rude sur le marché de l’armement car les bénéfices peuvent être gros. Un moyen d’imprimer à l’économie française un rythme un peu plus soutenu en ces temps difficiles ? 

06/11/2013

Mohammad Javad Zarif à Paris et Genève : gare au camouflet

Iran, France, Zarif, Rohani, Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, Allemagne, nucléaire, économie, unesco, onu, paris, genèveSemaine cruciale pour le gouvernement iranien et son ministre des Affaires étrangères. Mohammad Javad Zarif doit s’exprimer à la tribune de l’UNESCO à Paris, puis s’envoler pour Genève où il défendra les intérêts de son pays sur le dossier nucléaire. Il devra reprendre la parole du président Hassan Rohani et continuer l’opération séduction de l’Iran auprès des pays occidentaux. Mais les actes n’ont pas encore suivi les mots.

 

Mohammad Javad Zarif à l’UNESCO : un discours de façade

A Paris les 5 et 6 novembre, le but de la visite de Mohammad Javad Zarif était double. Le ministre des Affaires étrangères iranien devait participer à la 37e session de la Conférence générale de l’UNESCO dont le siège se situe avenue de Suffren à Paris. Et M. Zarif devait rencontrer son homologue français et ainsi préparer la réunion des 7 et 8 novembre qui aura lieu à Genève sur le dossier nucléaire.

On l’aura compris, à Paris, il s'agissait peu d’éducation, de science et de culture : les domaines d’actions de l’institution internationale. Le discours de Mohammad Javad Zarif devrait être sans surprise et conforme à ce que les pays occidentaux souhaitent entendre. A ce titre, les engagements de l’Iran seront probablement minimes. En effet, depuis l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir, le pays n’a guère changé ses pratiques, en dépit de ses nombreuses déclarations. Depuis août dernier, ce sont plus de 300 personnes qui ont été exécutées, rappelle le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran. Les membres de ce comité avaient d’ailleurs prévu de manifester devant le siège de l’UNESCO et de rappeler que l’art et la culture en Iran sont sujets à une censure permanente.

 

Le programme nucléaire et l’économie en ligne de mire

Bien entendu, Mohammad Javad Zarif est en Europe pour convaincre les pays occidentaux que l’Iran est un pays digne de confiance et qui a entamé de profondes réformes sociales. Hassan Rohani œuvre en ce sens depuis son passage remarqué à la tribune des Nations Unies le 24 septembre dernier. En ligne de mire pour le régime des mollahs : l’assouplissement des sanctions économiques prononcées à son encontre et la progression de son programme nucléaire.

En effet, la politique de Téhéran est sérieusement entravée par les lourdes sanctions économiques qui pèsent sur elle. Ces sanctions, dirigées contre les secteurs militaire, pétrolier, bancaire et nucléaire, ont été décidées afin d’infléchir le régime et ses intentions nucléaires. Aujourd’hui la situation est grave pour l’Iran, qui ne peut plus rester sans réagir, au risque de plonger dans le marasme économique. En faisant montre d’ouverture, Hassan Rohani et ses ministres veulent donc faire d’une pierre deux coups : relancer l’économie et faire accepter leur programme nucléaire.

C’est à cette tâche que s’emploiera Mohammad Javad Zarif à Genève les 7 et 8 novembre. Interrogé par Le Monde, le ministre a indiqué que « l’Iran est prêt à un accord avec l’Occident ». Une manière de rejeter la faute sur les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne – pays participant également aux négociations – en cas d’échec des discussions. Adoptant même une position de fermeté, M. Zarif n’a pas hésité à mettre en avant l’impact économique et politique négatif qu’une situation de blocage pourrait engendrer. Pour lui, la balle est résolument dans le camp occidental.

 

Un régime en contradiction avec les intérêts et valeurs occidentales

Force est de constater que la tentation est grande d’accéder aux demandes iraniennes. D’un point de vue diplomatique, les parties prenantes aux discussions seront certainement soucieuses de récompenser le nouveau discours d’Hassan Rohani et de ses ministres. Tandis que les perspectives économiques d’une reprise du commerce avec l’Iran sont considérables. L’industrie automobile française, en difficulté avec la crise, aurait par exemple beaucoup à gagner d’un réchauffement des relations entre Téhéran et Paris, d’autant qu’un constructeur comme Peugeot représentait 30% du parc automobile iranien en 2011.

Cependant, derrière les déclarations des personnalités clés du régime des mollahs, aucun acte tangible n’est à mettre à leur crédit. La société ne jouit pas de plus de libertés aujourd’hui qu’avant l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir. Les opposants politiques n’ont pas voix au chapitre et sont persécutés. Cela a encore été le cas le 2 novembre dernier avec l’arrestation d’un directeur de journal réformateur, ou encore lors de l’attaque meurtrière du camp de réfugiés d’Achraf, où 52 Iraniens furent abattus sous l’ordre de Téhéran. Enfin, sur la scène régionale et internationale, le soutien iranien à Bachar al-Assad est indéfectible et désormais prouvé avec la diffusion d’une vidéo par BBC Persian montrant des soldats iraniens aux côtés de l’armée loyaliste syrienne.

Dans ce contexte, les positions iraniennes apparaissent en contradiction avec les intérêts et principes des membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Allemagne. Les gages de stabilités et de démocratie apportés par l’Iran sont encore très loin d’avoir été concrétisés. Et ce ne sont probablement pas les impressionnantes célébrations de l’anniversaire de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran qui inciteront les Etats-Unis à normaliser leurs relations avec l’Iran.