21/01/2015

Par-delà la guerre, l’Ukraine en quête de développement économique

usine.JPGChaque jour ou presque annonce son lot de morts et de tensions avec la Russie. L’avenir est incertain dans une Ukraine divisée, mais au-delà de la triste actualité politique et économique, certaines sociétés voient au-delà des frontières et investissent en Europe de l’Ouest. Seules les plus innovantes, déjà ancrées à l’étranger, peuvent tirer leur épingle du jeu dans ce contexte. Un petit escadron, soit, mais porteur d’espoir pour une économie en très grande difficulté.

La situation économique de l’Ukraine est difficile avec un secteur énergétique sous haute tension et un PIB qui pourrait baisser de 7 % en 2014. Régionalisation, fédéralisation, indépendance, toutes les options sont sur la table même si le vœu de Kiev est de voir sa souveraineté être respectée sur l’ensemble de son territoire. L’Est de l’Ukraine, actuellement entre les mains des séparatistes, alors qu’elle est la région qui abrite les mines de charbon assurant une grande partie de l’énergie nécessaire à la bonne tenue de l’économie ukrainienne. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir l’économie en difficulté.

Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont soit dans l’incapacité de produire, soit attendent de voir qu’elle sera l’évolution du conflit pour prendre les mesures qui s’imposent. Outre les terribles pertes humaines, la situation affaiblit les acteurs économiques du pays et toutes les entreprises entièrement dépendantes du contexte local sont vouées à disparaître si aucune stabilisation ne vient conclure une crise qui dure depuis déjà un an.

Si les Ukrainiens font grise mine, et si les mauvaises nouvelles s’accumulent, certaines entreprises ont fait le pari de s’implanter sur le marché européen et arrivent à tirer leur épingle du jeu. Au-delà de la politique et de la diplomatie, il semblerait que l’Union européenne puisse également jouer un rôle économique important pour aider l’Ukraine à sortir de la crise. Mais s’implanter sur un marché occidental n’est pas si facile qu’il n’y paraît et les entreprises ukrainiennes qui font ce choix se retrouvent souvent face à des défis de taille. Un renversement qui ne s’improvise pas et où seules les entreprises qui ont des liens étroits avec l’Europe de l’Ouest depuis des années ont de réelles chances de réussite.

Innover pour avancer

Ce fut par exemple le cas pour Ukrplastic. Sous la direction Oleksandr Galkin puis d’Irina Miroshnik, la société a investi cent millions de dollars pour faire de cette entreprise presque centenaire (fondée en 1927) une des références européennes du packaging et du conditionnement. Sorte de pont entre l’Est et l’Ouest, Ukrplastic souhaite s’ancrer plus fortement en Europe de l’Ouest, forte de ses 1 500 salariés, de ses nombreux prix gagnés, et des normes ISO 14001 (environnement), ISO 22000 (sécurité des produits) et ISO 9001 (qualité) dont elle peut se prévaloir auprès de ses clients. L’entreprise est aussi titulaire depuis des années de la certification BRC (British Retail Consortium).

Si un point d’interrogation pèse sur le marché russe, le groupe a prouvé sa stabilité en Ukraine et a des bases assez saines pour écrire un nouveau chapitre de son histoire à l’ouest du Danube. La compétition, notamment en termes d’innovation, y est plus serrée, mais Ukrplastik se classe déjà parmi les quinze premières entreprises en Europe pour la fabrication des matériaux d’emballage flexibles. Les problématiques écologiques, devenues incontournables, sont également des armes efficaces pour convaincre de nouveaux clients européens. Les normes (sanitaires) évoluent régulièrement vers toujours plus de garanties pour le consommateur et à l’image d’une industrie de pointe, l’innovation est primordiale pour rester dans le peloton de tête.

Les vingt ans passés à la tête d’Ukrplastik et le bagage scientifique d’Irina Miroshnik sont autant d’atouts que l’entreprise valorise. Un rapprochement physique avec les entreprises occidentales comme Nestlé, Heinz, Coca Cola, Dow, Mondelez, ou encore Lactalis est de bon augure à l’heure où nul ne peut prédire l’avenir de l’Ukraine. L’usine restera toujours implantée dans le pays, mais les échanges de bons procédés sont les bienvenus.

Un fonds UE-Ukraine pour aider les petites entreprises ?

Outre le cas assez exceptionnel d’Ukrplastic, il est urgent d’aider les entreprises ukrainiennes à ne pas péricliter au risque de faire du pays un champ de ruine industriel et économique pendant de longues et coupables années. Un pays comme la Pologne, très en pointe dans le règlement du conflit, a compris l’importance de cette démarche et a lancé un programme d’aide aux entreprises ukrainiennes.

Le but est d’éviter une destruction du pays. Le soutien et le renforcement de la classe moyenne via une aide aux petites entreprises est perçu comme « une condition indispensable au développement normal de la démocratie ». Une idée loin d’être saugrenue, mais qui est difficile à réaliser tant les fonds sont complexes à trouver et débloquer. L’Union européenne a toutefois attribué 500 millions de d’euros à Kiev le 3 décembre dernier. Pierre Moscovici a par ailleurs déclaré qu’un troisième programme d’assistance financière globale était en préparation. Une nécessité tant l’économie du pays est exsangue. Enfin le FMI pourrait accorder un prêt de 27 milliards de dollars sous conditions de réformes économiques. Mais dans la situation actuelle, toute réforme profonde ressemble à un vœu pieu et le FMI n’a pas forcément bonne presse auprès de la population.

23/10/2014

Economie européenne : aller au-delà du dialogue franco-allemand

UE, économie, France, Allemagne, croissance, entreprisesL’Union européenne, et plus particulièrement la zone euro, connait en ce moment des remous qui ne présagent rien de positif. L’économie des Etats membres n’en finit plus de connaître les effets d’une crise mondiale qui dure. Pourtant, aussi néfastes fussent-ils, la France comme l’Allemagne continuent de croire en un dialogue bipartite providentiel, alors que celui-ci semble dépassé aujourd’hui.

Lorsque l’on intègre une communauté d’Etats, il y a des règles à respecter. Fût-ce au prix d’une perte de souveraineté, la France a fait le choix de s’y soumettre lorsqu’elle a rejoint les Communautés européennes en 1957, puis l’Union européenne (UE). Par conséquent, comment se fait-il aujourd’hui qu’elle fasse office de grande récalcitrante, notamment d’un point de vue économique ? A la décharge du gouvernement actuel, celui-ci n’était sûrement pas présent au moment du Traité de Rome ; mais M. Hollande n’était-il pas le fils spirituel de Jacques Delors, grand artisan d’un lien sans cesse plus étroit entre les nations européennes ?

L’éternelle procrastination de la France sur les 3 % du déficit structurel

Le président de la République a des règles à respecter et il le sait. Dans le doute, la Commission européenne a tout de même entendu lui faire une piqûre de rappel, alors qu’elle se penchait dernièrement sur le projet de loi de finances pour 2015. Et comme elle l’avait laissé plus ou moins entendre, il en résulte de sérieux doutes ; Bruxelles ne se satisfait nullement du budget prévisionnel de la France. Dans son viseur, le non-respect patent du pacte de stabilité et de croissance, qui enjoint aux Etats membres de maintenir leur déficit structurel en deçà des 3 % du PIB, ainsi que leur dette publique sous la barre des 60 % du PIB.

Il faut dire que la France commence sérieusement à agacer les fonctionnaires européens, repoussant sans arrêt depuis des années le respect de la règle des 3 %. Alors que François Hollande s’y était pourtant engagé pour 2015, le plafond des 3 % sera allègrement franchi l’année prochaine – Bercy table sur quelque 4,3 %. Il faudra bien cependant que la France s’y soumette ; qu’elle cesse de se retrancher derrière sa posture, de plus en plus galvaudée, de « grand », au sein d’une UE où être grand n’a d’ailleurs plus rien d’extraordinaire.

Le dialogue franco-allemand, oui mais pas que

Pire, il convient qu’elle arrête de rejeter la faute sur les autres, tandis qu’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, et Michel Sapin, ministre des Finances, étaient en début de semaine à Berlin pour enjoindre aux Allemands d’investir davantage, ce qui, d’après les deux membres du gouvernement, redynamiserait la croissance de l’UE. Quelle supercherie. D’une part, ce n’est pas en fuyant ses responsabilités comme le fait la France qu’elle verra des jours meilleurs ; d’autre part, réduire l’UE aux seules puissances allemande et française ainsi qu’à leur sacrosaint dialogue est totalement dépassé. S’il est évidemment nécessaire, ces deux Etats ne peuvent plus se considérer comme les membres providentiels d’une communauté aux abois.

D’abord parce qu’il est apparu que, non, l’économie de l’Allemagne n’allait en définitive pas si bien ; si ses exportations en demeurent la clé de voute, la consommation atone des ménages est éminemment problématique. Ensuite, il n’est pas dit qu’un coup de pouce de nos voisins, fût-il substantiel – M. Macron évoquait 50 milliards d’investissement –, soit la clé du problème. L’agence de notation Standard & Poor’s a ainsi calculé que pour 30 milliards investis, le PIB de la zone euro ne grimperait que de 0,3 point ; l’inflation quant à elle grossirait de 0,4 % au sein de la zone, ce qui est une bonne chose comparée à la tendance déflationniste actuelle. Cependant, il semblerait d’après l’agence de notation que ce plan de relance créerait une surchauffe de l’économie allemande à l’horizon 2017. Le bilan coût-avantage d’un tel investissement n’est par conséquent pas assez intéressant pour être mis en œuvre. 

Plutôt qu’un sempiternel dialogue franco-allemand, pourquoi dès lors ne pas étendre la discussion aux pays qui ont, plus que jamais, leur mot à dire, alors que la plupart – Irlande, Espagne, Grèce – ont connu des cures d’austérité, dont le simple nom fait frémir les politiques français. Jean-Claude Jüncker, qui prendra ses fonctions à la tête de la Commission en novembre prochain, évoque un plan de relance beaucoup plus ambitieux, à hauteur de 300 milliards d’euros, qui associerait l’ensemble de la zone euro. Et transcenderait par-là même le duo du Rhin, qui perd petit à petit ses lettres de noblesse.

06/11/2013

Mohammad Javad Zarif à Paris et Genève : gare au camouflet

Iran, France, Zarif, Rohani, Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, Allemagne, nucléaire, économie, unesco, onu, paris, genèveSemaine cruciale pour le gouvernement iranien et son ministre des Affaires étrangères. Mohammad Javad Zarif doit s’exprimer à la tribune de l’UNESCO à Paris, puis s’envoler pour Genève où il défendra les intérêts de son pays sur le dossier nucléaire. Il devra reprendre la parole du président Hassan Rohani et continuer l’opération séduction de l’Iran auprès des pays occidentaux. Mais les actes n’ont pas encore suivi les mots.

 

Mohammad Javad Zarif à l’UNESCO : un discours de façade

A Paris les 5 et 6 novembre, le but de la visite de Mohammad Javad Zarif était double. Le ministre des Affaires étrangères iranien devait participer à la 37e session de la Conférence générale de l’UNESCO dont le siège se situe avenue de Suffren à Paris. Et M. Zarif devait rencontrer son homologue français et ainsi préparer la réunion des 7 et 8 novembre qui aura lieu à Genève sur le dossier nucléaire.

On l’aura compris, à Paris, il s'agissait peu d’éducation, de science et de culture : les domaines d’actions de l’institution internationale. Le discours de Mohammad Javad Zarif devrait être sans surprise et conforme à ce que les pays occidentaux souhaitent entendre. A ce titre, les engagements de l’Iran seront probablement minimes. En effet, depuis l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir, le pays n’a guère changé ses pratiques, en dépit de ses nombreuses déclarations. Depuis août dernier, ce sont plus de 300 personnes qui ont été exécutées, rappelle le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran. Les membres de ce comité avaient d’ailleurs prévu de manifester devant le siège de l’UNESCO et de rappeler que l’art et la culture en Iran sont sujets à une censure permanente.

 

Le programme nucléaire et l’économie en ligne de mire

Bien entendu, Mohammad Javad Zarif est en Europe pour convaincre les pays occidentaux que l’Iran est un pays digne de confiance et qui a entamé de profondes réformes sociales. Hassan Rohani œuvre en ce sens depuis son passage remarqué à la tribune des Nations Unies le 24 septembre dernier. En ligne de mire pour le régime des mollahs : l’assouplissement des sanctions économiques prononcées à son encontre et la progression de son programme nucléaire.

En effet, la politique de Téhéran est sérieusement entravée par les lourdes sanctions économiques qui pèsent sur elle. Ces sanctions, dirigées contre les secteurs militaire, pétrolier, bancaire et nucléaire, ont été décidées afin d’infléchir le régime et ses intentions nucléaires. Aujourd’hui la situation est grave pour l’Iran, qui ne peut plus rester sans réagir, au risque de plonger dans le marasme économique. En faisant montre d’ouverture, Hassan Rohani et ses ministres veulent donc faire d’une pierre deux coups : relancer l’économie et faire accepter leur programme nucléaire.

C’est à cette tâche que s’emploiera Mohammad Javad Zarif à Genève les 7 et 8 novembre. Interrogé par Le Monde, le ministre a indiqué que « l’Iran est prêt à un accord avec l’Occident ». Une manière de rejeter la faute sur les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne – pays participant également aux négociations – en cas d’échec des discussions. Adoptant même une position de fermeté, M. Zarif n’a pas hésité à mettre en avant l’impact économique et politique négatif qu’une situation de blocage pourrait engendrer. Pour lui, la balle est résolument dans le camp occidental.

 

Un régime en contradiction avec les intérêts et valeurs occidentales

Force est de constater que la tentation est grande d’accéder aux demandes iraniennes. D’un point de vue diplomatique, les parties prenantes aux discussions seront certainement soucieuses de récompenser le nouveau discours d’Hassan Rohani et de ses ministres. Tandis que les perspectives économiques d’une reprise du commerce avec l’Iran sont considérables. L’industrie automobile française, en difficulté avec la crise, aurait par exemple beaucoup à gagner d’un réchauffement des relations entre Téhéran et Paris, d’autant qu’un constructeur comme Peugeot représentait 30% du parc automobile iranien en 2011.

Cependant, derrière les déclarations des personnalités clés du régime des mollahs, aucun acte tangible n’est à mettre à leur crédit. La société ne jouit pas de plus de libertés aujourd’hui qu’avant l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir. Les opposants politiques n’ont pas voix au chapitre et sont persécutés. Cela a encore été le cas le 2 novembre dernier avec l’arrestation d’un directeur de journal réformateur, ou encore lors de l’attaque meurtrière du camp de réfugiés d’Achraf, où 52 Iraniens furent abattus sous l’ordre de Téhéran. Enfin, sur la scène régionale et internationale, le soutien iranien à Bachar al-Assad est indéfectible et désormais prouvé avec la diffusion d’une vidéo par BBC Persian montrant des soldats iraniens aux côtés de l’armée loyaliste syrienne.

Dans ce contexte, les positions iraniennes apparaissent en contradiction avec les intérêts et principes des membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Allemagne. Les gages de stabilités et de démocratie apportés par l’Iran sont encore très loin d’avoir été concrétisés. Et ce ne sont probablement pas les impressionnantes célébrations de l’anniversaire de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran qui inciteront les Etats-Unis à normaliser leurs relations avec l’Iran.