06/11/2013

Mohammad Javad Zarif à Paris et Genève : gare au camouflet

Iran, France, Zarif, Rohani, Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, Allemagne, nucléaire, économie, unesco, onu, paris, genèveSemaine cruciale pour le gouvernement iranien et son ministre des Affaires étrangères. Mohammad Javad Zarif doit s’exprimer à la tribune de l’UNESCO à Paris, puis s’envoler pour Genève où il défendra les intérêts de son pays sur le dossier nucléaire. Il devra reprendre la parole du président Hassan Rohani et continuer l’opération séduction de l’Iran auprès des pays occidentaux. Mais les actes n’ont pas encore suivi les mots.

 

Mohammad Javad Zarif à l’UNESCO : un discours de façade

A Paris les 5 et 6 novembre, le but de la visite de Mohammad Javad Zarif était double. Le ministre des Affaires étrangères iranien devait participer à la 37e session de la Conférence générale de l’UNESCO dont le siège se situe avenue de Suffren à Paris. Et M. Zarif devait rencontrer son homologue français et ainsi préparer la réunion des 7 et 8 novembre qui aura lieu à Genève sur le dossier nucléaire.

On l’aura compris, à Paris, il s'agissait peu d’éducation, de science et de culture : les domaines d’actions de l’institution internationale. Le discours de Mohammad Javad Zarif devrait être sans surprise et conforme à ce que les pays occidentaux souhaitent entendre. A ce titre, les engagements de l’Iran seront probablement minimes. En effet, depuis l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir, le pays n’a guère changé ses pratiques, en dépit de ses nombreuses déclarations. Depuis août dernier, ce sont plus de 300 personnes qui ont été exécutées, rappelle le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran. Les membres de ce comité avaient d’ailleurs prévu de manifester devant le siège de l’UNESCO et de rappeler que l’art et la culture en Iran sont sujets à une censure permanente.

 

Le programme nucléaire et l’économie en ligne de mire

Bien entendu, Mohammad Javad Zarif est en Europe pour convaincre les pays occidentaux que l’Iran est un pays digne de confiance et qui a entamé de profondes réformes sociales. Hassan Rohani œuvre en ce sens depuis son passage remarqué à la tribune des Nations Unies le 24 septembre dernier. En ligne de mire pour le régime des mollahs : l’assouplissement des sanctions économiques prononcées à son encontre et la progression de son programme nucléaire.

En effet, la politique de Téhéran est sérieusement entravée par les lourdes sanctions économiques qui pèsent sur elle. Ces sanctions, dirigées contre les secteurs militaire, pétrolier, bancaire et nucléaire, ont été décidées afin d’infléchir le régime et ses intentions nucléaires. Aujourd’hui la situation est grave pour l’Iran, qui ne peut plus rester sans réagir, au risque de plonger dans le marasme économique. En faisant montre d’ouverture, Hassan Rohani et ses ministres veulent donc faire d’une pierre deux coups : relancer l’économie et faire accepter leur programme nucléaire.

C’est à cette tâche que s’emploiera Mohammad Javad Zarif à Genève les 7 et 8 novembre. Interrogé par Le Monde, le ministre a indiqué que « l’Iran est prêt à un accord avec l’Occident ». Une manière de rejeter la faute sur les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne – pays participant également aux négociations – en cas d’échec des discussions. Adoptant même une position de fermeté, M. Zarif n’a pas hésité à mettre en avant l’impact économique et politique négatif qu’une situation de blocage pourrait engendrer. Pour lui, la balle est résolument dans le camp occidental.

 

Un régime en contradiction avec les intérêts et valeurs occidentales

Force est de constater que la tentation est grande d’accéder aux demandes iraniennes. D’un point de vue diplomatique, les parties prenantes aux discussions seront certainement soucieuses de récompenser le nouveau discours d’Hassan Rohani et de ses ministres. Tandis que les perspectives économiques d’une reprise du commerce avec l’Iran sont considérables. L’industrie automobile française, en difficulté avec la crise, aurait par exemple beaucoup à gagner d’un réchauffement des relations entre Téhéran et Paris, d’autant qu’un constructeur comme Peugeot représentait 30% du parc automobile iranien en 2011.

Cependant, derrière les déclarations des personnalités clés du régime des mollahs, aucun acte tangible n’est à mettre à leur crédit. La société ne jouit pas de plus de libertés aujourd’hui qu’avant l’arrivée d’Hassan Rohani au pouvoir. Les opposants politiques n’ont pas voix au chapitre et sont persécutés. Cela a encore été le cas le 2 novembre dernier avec l’arrestation d’un directeur de journal réformateur, ou encore lors de l’attaque meurtrière du camp de réfugiés d’Achraf, où 52 Iraniens furent abattus sous l’ordre de Téhéran. Enfin, sur la scène régionale et internationale, le soutien iranien à Bachar al-Assad est indéfectible et désormais prouvé avec la diffusion d’une vidéo par BBC Persian montrant des soldats iraniens aux côtés de l’armée loyaliste syrienne.

Dans ce contexte, les positions iraniennes apparaissent en contradiction avec les intérêts et principes des membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Allemagne. Les gages de stabilités et de démocratie apportés par l’Iran sont encore très loin d’avoir été concrétisés. Et ce ne sont probablement pas les impressionnantes célébrations de l’anniversaire de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran qui inciteront les Etats-Unis à normaliser leurs relations avec l’Iran.

17/10/2013

Budget américain : fin de partie pour les USA ?

Le monde a retenu son souffle pendant plusieurs jours en raison de la crise politico-économique qui a paralysé Washington. Si tous les pays connaissent des difficultés et d’âpres combats parlementaires, la situation aux Etats-Unis se différencie pour des raisons fondamentales : le poids de l’économie US dans le monde. Quand les Etats-Unis éternuent, la planète s’enrhume. Quand le pays est paralysé, c’est l’ensemble de l’économie mondiale qui tremble.

Des Etats-Unis paralysés, à l’image bien écornée

Etats-Unis, shut down, dollar, monnaie, Chine, dette, confianceFonctionnaires non payés, services publics fermés, le fameux « shut down » américain est visible sur le terrain. Environ 800 000 fonctionnaires fédéraux jugés non indispensables au fonctionnement de l’Etat ont été invités à rester chez eux en attendant que Démocrates et Républicains aboutissent enfin à un accord sur le budget. Les effets sont désastreux pour l’économie, mais surtout pour l’image du pays. Vu de l’extérieur, les Etats-Unis perdent pied et le géant économique a perdu de sa superbe.  

Ce que la première puissance économique mondiale a perdu, c’est aussi et surtout la confiance de l’ensemble des acteurs économiques privés et publics. Les bisbilles politiques n’expliquent pas à elles seules cette perte de confiance dont les conséquences seront retentissantes dans les années à venir. La politique monétaire menée depuis des années et en particulier depuis le commencement de la crise en 2007-2008 est au fondement d’un changement de système dont la Chine sera l’heureuse bénéficiaire. Explications…

La politique monétaire américaine ou l’ubuesque suicide la première puissance économique

86 milliards de dollars par mois. Le constat est sans appel est très inquiétant. Chaque mois, la Réserve fédérale américaine s’applique à créer 86 milliards de dollars de « fausse monnaie ». La planche a billets tourne à plein régime pour que les Etats-Unis puissent faire face à la dette colossale qu’ils ont contractée depuis plus de trois décennies. La crise a fait exploser les déficits publics et donc la dette, mais le mal est plus profond. Les Etats-Unis se sont habitués à vivre à crédit et à l’image d’un « drug addict » le besoin d’un shoot toujours plus puissant se fait ressentir.

Jusqu’à aujourd’hui la situation a pu perdurer, car disposant de la seule monnaie de réserve internationale, le dollar, les Etats-Unis étaient à l’abri. Pour schématiser, l’oncle Sam achetait pendant que la Chine vendait en soutenant aussi la dette américaine. Sauf que la dette est bien trop importante et que la confiance entre les deux partenaires qui s’effritait depuis déjà quelque temps est à jeter dans les oubliettes de l’Histoire. Le système monétaire internationale est trop déséquilibré et surtout injuste lorsque l’on a pas la chance d’être Américain.   

Le défaut de paiement n’est pas loin – comme l’illustre la possible dégradation de la note des Etats-Unis par l’agence de notation Fitch – et les pays asiatiques avec la Chine en tête sont prêts à changer de monnaie de réserve. Le yuan chinois, qui n’est pour le moment pas convertible en raison des autorités chinoises qui s’y refusent, lance des signes explicites en faveur d’un remplacement du dollar. Les dernières déclarations bien senties des autorités chinoises ne laissent place à aucun doute. L’ouverture à Shanghai d’une zone franche décidée il y a quelques semaines est un autre signe qui va dans le même sens. 

Si le yuan pourrait prendre la place du dollar à moyen terme, c’est aussi parce qu’aucune autre monnaie n’est en mesure de le supplanter. L’euro souffre de la crise des pays du Sud de l’Europe et surtout d’une hétérogénéité politique, le franc suisse est fort et stable, mais ne peut pas prétendre à devenir la monnaie de référence. En Asie, le yen est la monnaie d’une économie en crise chronique (malgré les quelques signes jugés positifs depuis la politique de relance de Shinzo Abe) et aucun autre pays n’est de taille à avoir la taille critique pour jouer dans la cour des très grands. La Russie, plus grand pays au monde en termes de superficie, n’est pas non plus à la hauteur avec une économie de rentes basée sur les matières premières qu’elle exporte. 

L’avenir est donc à l’Est, sur les rives pacifiques de la Chine. La seule question est aujourd’hui de savoir quand le grand renversement prendra forme. La machine est lancée, et rien ne pourra plus la stopper.