17/10/2013

Budget américain : fin de partie pour les USA ?

Le monde a retenu son souffle pendant plusieurs jours en raison de la crise politico-économique qui a paralysé Washington. Si tous les pays connaissent des difficultés et d’âpres combats parlementaires, la situation aux Etats-Unis se différencie pour des raisons fondamentales : le poids de l’économie US dans le monde. Quand les Etats-Unis éternuent, la planète s’enrhume. Quand le pays est paralysé, c’est l’ensemble de l’économie mondiale qui tremble.

Des Etats-Unis paralysés, à l’image bien écornée

Etats-Unis, shut down, dollar, monnaie, Chine, dette, confianceFonctionnaires non payés, services publics fermés, le fameux « shut down » américain est visible sur le terrain. Environ 800 000 fonctionnaires fédéraux jugés non indispensables au fonctionnement de l’Etat ont été invités à rester chez eux en attendant que Démocrates et Républicains aboutissent enfin à un accord sur le budget. Les effets sont désastreux pour l’économie, mais surtout pour l’image du pays. Vu de l’extérieur, les Etats-Unis perdent pied et le géant économique a perdu de sa superbe.  

Ce que la première puissance économique mondiale a perdu, c’est aussi et surtout la confiance de l’ensemble des acteurs économiques privés et publics. Les bisbilles politiques n’expliquent pas à elles seules cette perte de confiance dont les conséquences seront retentissantes dans les années à venir. La politique monétaire menée depuis des années et en particulier depuis le commencement de la crise en 2007-2008 est au fondement d’un changement de système dont la Chine sera l’heureuse bénéficiaire. Explications…

La politique monétaire américaine ou l’ubuesque suicide la première puissance économique

86 milliards de dollars par mois. Le constat est sans appel est très inquiétant. Chaque mois, la Réserve fédérale américaine s’applique à créer 86 milliards de dollars de « fausse monnaie ». La planche a billets tourne à plein régime pour que les Etats-Unis puissent faire face à la dette colossale qu’ils ont contractée depuis plus de trois décennies. La crise a fait exploser les déficits publics et donc la dette, mais le mal est plus profond. Les Etats-Unis se sont habitués à vivre à crédit et à l’image d’un « drug addict » le besoin d’un shoot toujours plus puissant se fait ressentir.

Jusqu’à aujourd’hui la situation a pu perdurer, car disposant de la seule monnaie de réserve internationale, le dollar, les Etats-Unis étaient à l’abri. Pour schématiser, l’oncle Sam achetait pendant que la Chine vendait en soutenant aussi la dette américaine. Sauf que la dette est bien trop importante et que la confiance entre les deux partenaires qui s’effritait depuis déjà quelque temps est à jeter dans les oubliettes de l’Histoire. Le système monétaire internationale est trop déséquilibré et surtout injuste lorsque l’on a pas la chance d’être Américain.   

Le défaut de paiement n’est pas loin – comme l’illustre la possible dégradation de la note des Etats-Unis par l’agence de notation Fitch – et les pays asiatiques avec la Chine en tête sont prêts à changer de monnaie de réserve. Le yuan chinois, qui n’est pour le moment pas convertible en raison des autorités chinoises qui s’y refusent, lance des signes explicites en faveur d’un remplacement du dollar. Les dernières déclarations bien senties des autorités chinoises ne laissent place à aucun doute. L’ouverture à Shanghai d’une zone franche décidée il y a quelques semaines est un autre signe qui va dans le même sens. 

Si le yuan pourrait prendre la place du dollar à moyen terme, c’est aussi parce qu’aucune autre monnaie n’est en mesure de le supplanter. L’euro souffre de la crise des pays du Sud de l’Europe et surtout d’une hétérogénéité politique, le franc suisse est fort et stable, mais ne peut pas prétendre à devenir la monnaie de référence. En Asie, le yen est la monnaie d’une économie en crise chronique (malgré les quelques signes jugés positifs depuis la politique de relance de Shinzo Abe) et aucun autre pays n’est de taille à avoir la taille critique pour jouer dans la cour des très grands. La Russie, plus grand pays au monde en termes de superficie, n’est pas non plus à la hauteur avec une économie de rentes basée sur les matières premières qu’elle exporte. 

L’avenir est donc à l’Est, sur les rives pacifiques de la Chine. La seule question est aujourd’hui de savoir quand le grand renversement prendra forme. La machine est lancée, et rien ne pourra plus la stopper.