14/11/2013

Allemagne : le salaire minimum au cœur des négociations entre CDU et SPD

Angela-Merkel-Salaire.jpgTriomphalement reconduite au pouvoir lors des élections législatives de septembre dernier, la CDU a cependant raté la majorité absolue d’un cheveu. En pleine discussion avec le SPD, les chrétiens-démocrates vont certainement devoir transiger sur la question du salaire minimum. Un frein à l’emploi selon la Chancelière. Un progrès social d’après les sociaux-démocrates.

 

Si Angela Merkel adopte un salaire minimum, ce sera bien à contrecœur. Contraire à son programme électoral et à ses convictions, cette mesure apparaît néanmoins inévitable si la Chancelière veut que le SPD participe à sa coalition. Pourtant en position de faiblesse, les démocrates-chrétiens ont néanmoins fait du salaire minimum leur condition sine qua non pour entrer au Gouvernement.

Le montant de 8,50 euros de l’heure a été avancé par Angela Merkel. Moins élevé qu’en France – 9,43 euros brut de l’heure – ce montant est néanmoins supérieur à ce que gagnent 17% des actifs allemands, soit quelque 6 millions de salariés. En Allemagne de l’Est, la part des travailleurs touchant moins de 8,50 euros de l’heure atteint même 25%. Les petites entreprises, les coiffeurs, les chauffeurs de taxi, la restauration, l’hôtellerie ou encore les services de nettoyage seraient les principaux secteurs d’activité touchés par cette mesure.

A peine cette annonce a-t-elle été prononcée qu’une levée de boucliers massive s’est élevée. « Un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure nuirait à l’économie allemande et détruirait un nombre considérable d’emplois », a prévenu Ferdinand Fichtner du DIW (Deutscher Institut für Wirtschaftforschung). Une hausse de 35% du coût horaire de travail est donc à prévoir concernant la population touchant un salaire inférieur à 8,50 euros de l’heure. De plus, d’après Friedrich Schneider, de l’université de Linz, un salaire minimum conduirait nécessairement à une progression du travail non déclaré, représentant un coût compris entre 1 et 2 milliards d’euros pour les finances allemandes.

Toutefois, si l’intérêt l’introduction d’un salaire minimum n’est pas évident pour le patronat ou certains instituts d’études, l’OCDE s’est déclarée favorable, jugeant la mesure « très raisonnable » et positive en termes de pouvoir d’achat et de recettes fiscales. De fait, 800 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires, ainsi que 1,7 milliard d’euros de recettes sociales sont attendus. D’après le SPD ces revenus additionnels seraient même bien supérieurs à ces estimations et atteindraient la somme cumulée de 5,4 milliards d’euros.

Par conséquent, Angela Merkel va certainement se résigner à mettre en place cette politique, que toute l’Europe lui réclame par ailleurs au nom du fonctionnement équitable du Marché unique. Les expériences britannique et américaine d’introduction d’un salaire minimum n’ont montré aucun effet négatif notable sur l’emploi. Tandis que la France s’est félicitée d’une telle démarche en ce qu’elle est « un signal d’une approche peut-être plus coopérative des politiques économiques en Europe », a indiqué Pierre Moscovici, ministre de l’Economie.