08/09/2014

Qui prend soin de la « French tech »?

french-tech-startup.jpgSelon un classement du Wall Street Journal publié l’année dernière, la France se classerait à la septième marche du podium des pays les plus accueillants pour les start-ups. Ce rapport, effectué sur les bases des investissements en capital-risque levés par les sociétés technologiques, traduit la considération particulière que porte la France pour l’innovation. Biotech, high-tech, numérique, si cette tendance « start-up friendly » permet à des secteurs de niche de se développer et à de jeunes sociétés d’émerger, il est intéressant de se pencher de plus près sur le contexte dans lequel évoluent ces entreprises très spécialisées. Des incubateurs d’idées au financement par les marchés financiers, la start-up made in France prend ses marques.

 

Un écosystème en plein développement

Ymagis, Criteo, Silkan, ces noms ne vous disent peut-être pas grand chose mais ils désignent pourtant quelques-unes des start-ups françaises qui fonctionnent le mieux à l’heure actuelle. Ces trois entreprises figurent d’ailleurs dans les premières places du palmarès Deloitte de 2013, recensant les 500 start-ups dans le monde qui présentent les plus forts taux de croissance. Dans ce champ de jeunes pousses, la récolte française est excellente puisque sur les centaines de sociétés figurant dans ce classement, 90 trouvent leurs racines dans l’Hexagone. En première position, on retrouve Ymagis, entreprise spécialisée dans la fourniture de services et de technologies numériques pour l’industrie du cinéma. Cette start-up dont le siège est à Paris peut se targuer de jouir d’une croissance phénoménale de 60 000 % sur cinq ans.

Cependant, l’univers start-up n’est pas qu’une affaire de premier de la classe ou de concours, ces attributions de bons points servent surtout à rendre compte d’un marché en plein essor, qui participe à faire grandir un pays en valorisant sa capacité à innover, et la plupart du temps loin de toutes considérations du grand public. A l’instar d’Ymagis, les entrepreneurs en herbe sont nombreux chaque année à se lancer dans l’aventure start-up, forts d’un savoir-faire spécifique propre aux nouvelles technologies et avides de réussite.

Ces porteurs de projets reçoivent désormais le soutien d’organismes publics ou privés leur donnant l’opportunité de se développer et de rencontrer les interlocuteurs nécessaires au déploiement de leur activité. Des dizaines d’incubateurs ont ainsi vu le jour, ne serait-ce qu’en Île-de-France. De Paris Région Lab à la Halles Freyssinet de Xavier Niel, en passant par Le Camping de l’association Silicon Sentier, tous proposent de mettre leur expertise au service de ces créateurs d’entreprises innovantes, de leur fournir des espaces de travail et de les accompagner dans les premières phase de leur aventure.

Le tissu entrepreneurial a beau être davantage favorable aux nouveaux venus sur le terrain de l’innovation, ces derniers jouissent d’une notoriété qui parfois frise le néant. Pour un Google aujourd’hui, combien de talents contribuent dans l’ombre à travailler, chercher, mettre au point des procédés, des services emprunts d’innovation et ayant pour objectif une amélioration certaine de notre quotidien ? C’est sur ce manque de visibilité que veut agir le festival « Startup Assembly », qui avait lieu en juin dernier à Paris. Cette manifestation a vocation à rassembler tous les ans les acteurs de la French Tech et à donner l’occasion au grand public de venir à leur rencontre et découvrir leur activité. Si nos entrepreneurs nationaux ne manquent pas d’un savoir-faire riche et d’initiatives à revendre, il ne suffit pas d’avoir des idées pour prospérer, ça se saurait, encore faut-il avoir les moyens de ces ambitions. Et d’un point de vue financier, ces patrons nouvelle génération peuvent parfois se heurter à quelques difficultés.

Du financement participatif à la Bourse EnterNext de Dominique Cerutti, les start-ups alimentent leur capital

Les start-ups gravitant dans les nouvelles technologies présentent un profil de risque assez élevé qui fait souvent peur aux banques. Sclérosées par une crise encore bien  présente dans les esprits, ces organes financeurs rechignent de plus en plus à octroyer des fonds à des projets qui ne leur inspirent pas pleinement confiance. Certes, qu’ils soient développeurs de logiciels, spécialisés en biotechnologie ou encore en chimie, ces entrepreneurs s’inscrivent dans un environnement complexe, dynamique et incertain. C’est ainsi que le recours au financement bancaire prend aujourd’hui rapidement des allures de chemins de croix, parcours du combattant ayant atteint un niveau supérieur depuis que les banques sont soumises aux règles prudentielles de Bâle III.

Devant des banques fantômes, les jeunes sociétés sont nombreuses à se tourner vers le financement participatif ou « Crowdfunding ». On relève pas moins de 3 milliards d’euros collectés l’année dernière dans le monde par des plateformes de financements participatifs. Cette tendance est encouragée par le gouvernement qui souhaite que les start-ups y trouvent les capitaux nécessaires à leur fonctionnement. « Je suis convaincue que les Français veulent être des acteurs de notre économie et nous devons leur permettre de financer les projets auxquels ils croient », déclarait en février Fleur Pellerin lorsqu’elle était encore ministre en charge des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique. L’ambition d’alors pour la ministre était claire : « faire de la France le pionnier du financement participatif et la start-up république de l’Europe ». Un vaste programme qui prend vie grâce à des plateformes de crowdfunding comme Particeep ou Wiseed.

Très peu envisagée il y a encore quelques mois, l’incursion sur les marchés financiers devient peu à peu une option séduisante pour quel entrepreneur voudrait lever des capitaux, cela grâce notamment au lancement en 2013 d’EnterNext, la bourse de Dominique Cerutti dédiée au PME. Le patron d’Euronext déclarait alors : « Il s'agit d'accompagner les patrons de PME qui sont en mal de financement ». Pari réussi puisqu’en une année d’existence, EnterNext a enregistré de belles performances. «Depuis sa création en mai 2013, nous avons enregistré 47 introductions en Bourse sur nos quatre places européennes, pour un total levé de plus de 1,8 milliard d’euros. Cette vague d’IPO est aussi remarquable par sa diversité sectorielle: sociétés industrielles, cleantechs et technos sont présentes», annonce Eric Forest, patron d’EnterNext. Parmi ces IPO, on relève notamment les site Planet.fr ou Viadeo, la société Voltalia spécialisée dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, ou encore l’éditeur de logiciels Ateme.

Ces divers schémas de financement sont légitimés par un besoin massif de fonds de la part de ces start-ups, en demande constante de moyens pour embaucher, développer leur R&D, produire. Leur permettre d’accéder plus facilement à de nouvelles sources de capitaux, c’est permettre à la France de conserver dans ses frontières les futurs géants de demain. Selon l'ambassade de Grande-Bretagne en France, le nombre d'entreprises françaises ayant installé des filiales à Londres a progressé de 43% entre 2012 et 2013, avec une majorité composée de start-ups technologiques. Avec une politique fiscale très attractive envers les start-ups et une ambiance très « love tech », elles sont nombreuses à préférer traverser la Manche pour profiter de la dynamique. Gageons qu’au regard des multiples efforts faits pour que les start-ups puissent s’épanouir sur notre territoire, cette tendance soit amenée à s’inverser très bientôt.

 

 

15:23 Publié dans Economie, Techno | Lien permanent

17/03/2014

Numericable-SFR : Quelle mouche a piqué Arnaud Montebourg ?

Drahi, Montebourg, BouyguesDepuis dix jours, Arnaud Montebourg, le ministre français du Redressement productif s’est trouvé un nouveau cheval de bataille : la refondation du paysage des  télécoms avec pour objectif affiché de veiller aux intérêts de Bouygues. Avec SFR comme trésor, il n’est pas surprenant que le marché des télécoms se soit trouvé happé par des négociations, tractations et propositions en tout genre. En revanche, l’attitude du ministre laisse plutôt perplexe… 

Qui aura SFR, le numéro 2 de la téléphonie mobile en France avec 21 millions d’abonnés ? C’est la question à plusieurs milliards d’euros qui a été posée et qui a certainement trouvé une réponse définitive. Numericable va finalement racheter SFR, n’en déplaise à la concurrence et à un certain Arnaud Montebourg qui n’a eu d’yeux que pour cette affaire au cours des deux dernières semaines. Le ministre n’a jamais caché sa détestation d’un marché de la téléphonie mobile mettant aux prises quatre concurrents au lieu des trois qui se partageaient les parts depuis la libéralisation du secteur à la fin des années 1990. Free en avait fait les frais après avoir proposé un abonnement à la 4G à seulement deux euros par mois. Cette fois-ci c’est Numericable qui en prend plein la tête…

La concurrence c’est bien, mais seulement quand elle profite aux Français amis 

L’opérateur Free, en venant s’immiscer dans le secteur pas aussi ouvert que cela de la téléphonie mobile a permis une baisse sensible des tarifs. La guerre des prix a été menée avec vigueur et les Français ont compris qu’ils payaient leur abonnement téléphonique bien cher depuis de nombreuses années. Sauf que cette guerre des prix n’a pas été du goût d’Arnaud Montebourg qui s’en était pris sur Twitter à Xavier Niel, le commandant en chef du nouvel opérateur. Fin 2013, les deux hommes se sont écharpés sur le réseau social, Montebourg criant à des destructions d’emplois dans le secteur des télécoms à cause de la politique agressive menée par Free. Des accusations démenties par la réalité des chiffres. Fin de la polémique. Secteur des télécoms et pouvoir d’achat des Français 1 – Arnaud Montebourg 0.

Sauf que le ministre a joué le match retour en ce premier trimestre 2014, mais avec un nouvel adversaire : Numericable. Moins médiatique que Free et donc a priori plus facile à couler, Numericable a finalement déjoué tous les pièges tendus par un ministre décidément obnubilé par la mise au pas de la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile. Deux raisons expliquent l’attitude d’un Montebourg résolument hostile à Numericable. La première est de voir un des quatre opérateurs se dissoudre dans l’un de ses concurrents et ramener le marché à son stade initial. La seconde, moins avouable, mais bien visible est la volonté de favoriser les intérêts du groupe Bouygues. Cela était perceptible avant la décision du 15 mars de la maison-mère de SFR – Vivendi – d’engager des négociations exclusives avec Numericable. Cela est encore plus vrai depuis que Bouygues est hors course.

Arnaud Montebourg s’est empressé de menacer le groupe Numericable (qui comprend aussi Completel, leader de la fibre optique pour les professionnels) d’un contrôle fiscal. Le « délit économique » est-il devenu une arme des autorités françaises ? On connaissait le procédé dans un pays comme la Russie, il faut croire que Paris adopte sans vergogne les armes de Moscou. Fleur Pellerin, la collègue de Montebourg en charge du numérique se plait aussi à menacer directement le patron de Numericable en exigeant qu’il « rentre en France » sous-entendant que le groupe n’est pas assez français alors que ses clients, siège social, et impôts sont payés dans l’Hexagone… Le bâton d’un côté et la carotte de l’autre avec Pierre Moscovici (encore un autre ministre en charge de l’économie – il y en a pas moins de six) qui fait annoncer par la Caisse des Dépôts qu’un financement pour rapprocher un SFR et Bouygues est possible… On croit rêver ! L’Etat fait tout pour privilégier une entreprise privée par rapport à une autre. 

Arnaud Montebourg pourra certainement s’en expliquer sur le plateau de TF1 (une entreprise du groupe Bouygues) puisqu’il y multiplie les interventions. Les entreprises sont au moins prévenues. Si vous n’êtes pas l’ami du ministre, il faut s’attendre à subir une intense campagne de lobbying. En attendant, le redressement productif est dans l’impasse et ce n’est pas en houspillant contre des maillots de foot fabriqués en Thaïlande que la situation macroéconomique évoluera positivement.